Interview exclusive - Paul Joly : “Même si je suis footballeur, je suis quelqu'un comme tout le monde”
- Paul Joly évolue avec l'AJ Auxerre
- Avec le club de l'Yonne, il a découvert le monde professionnel et la Ligue 1
- Le défenseur français s'est confié dans un entretien avec 90min
Par Quentin Gesp

Joueur clé de la montée de l’AJ Auxerre en Ligue 1 la saison dernière, Paul Joly s’est confié dans un entretien avec 90min. Son parcours, sa personnalité, Guy Roux, son lien avec Christophe Pélissier, le latéral droit polyvalent s’est longuement exprimé et n’a éludé aucun sujet.
Il est, dans le monde du football professionnel, des personnalités singulières, presque venues d’un autre temps. Loin, très loin du cliché du footballeur au portefeuille plein et aux aspirations “bling-bling”, Paul Joly est de ces joueurs à la simplicité vertueuse. Au sortir d’un entraînement, il a accepté de se confier pour 90min lors d’un entretien téléphonique. “Je n’ai rien de prévu après”, lâche-t-il d’entrée, à l’heure où nombreux sont ceux à n’accorder qu’une quinzaine de minutes. Ses premiers mots, réfléchis, naturels et spontanés, donnent le ton.
Arrivé dans le football grâce à un papa “passionné de foot” mais qui ne l’a “ jamais incité à être professionnel”, Paul Joly est un garçon posé. Attaché à son cocon familial, il se dit “très fier” de porter son nom derrière, derrière son maillot. S’il dit faire chaque semaine les débriefs des matchs avec son père, ce n’est pas le seul sujet familial. Loin de là. “J'aime bien parler d’autre chose en famille. Du foot, j'en mange toute la semaine” raconte avec un sourire celui qui se serait bien vu chef d’entreprise s’il n’avait pas été footballeur. “Je suis quelqu’un de très simple, qui aime parler aux gens, qui aime découvrir de nouvelles choses. J'ai beaucoup de joie de vivre.”
"Même si je suis footballeur et que je passe à la télévision, je suis quelqu'un comme tout le monde."
- Paul Joly
En dehors du foot, c’est en jouant à la pétanque que Paul Joly se ressource. “J'ai créé des liens avec quelques personnes de la ville, hors-foot, et avec qui je joue pas mal toutes les semaines pour pour penser à autre chose. Parce que je pars du principe que, même si je suis footballeur et que je passe à la télévision, je suis quelqu'un comme tout le monde. J'aime me retrouver avec des personnes en dehors du foot, pour partager de bons moments de vie.” Proche de Julien Ponsot (FC Lorient), Enzo Le Fée (Sunderland) ou encore Tom Renaud (Versailles), Paul Joly a un discours posé, harmonieux.
Un parcours sinueux, une histoire singulière
A 24 ans, le jeune défenseur auxerrois fait preuve de beaucoup de maturité, en dehors comme sur le terrain. “Je suis quelqu'un avec un gros mental, qui a toujours eu envie d'y croire et de réussir. Et je suis quelqu'un de bosseur.” Une évidence tant le parcours de Paul Joly diffère de celui de nombre de ses coéquipiers et adversaires. “J'ai commencé dans mon petit club de village, Muides-sur-Loire jusqu'à mes dix ans et après, je suis parti au Blois Foot 41, qui était la meilleure équipe de mon département. J'ai été au pôle Espoir de Châteauroux de mes 13 à 15 ans. Et à partir de quinze ans, j'ai signé un contrat aspirant de trois ans avec le FC Lorient.” Jusqu’ici, un parcours relativement classique, où plaisir du jeu, progression constante et compétitivité ont fait bon ménage.
Mais l’histoire de Paul Joly prend alors le tournant redouté par de nombreux jeunes. Pas conservé par le FC Lorient, il intègre à 18 ans l’Amiens SC, qui ne le conserve pas non plus, deux ans plus tard. “J’ai rejoint l’AJ Auxerre pour la réserve la première année et au bout de trois mois, j'ai réussi à signer mon premier contrat professionnel.” Un parcours sinueux mais finalement auréolé d’un premier objectif clé : un passage en pro.
La force tranquille d’un garçon qui en avait fait son rêve depuis ses premières années. “Depuis petit, j'ai toujours cru en moi. Cela a toujours été mon rêve de finir professionnel et je m'étais promis d’y arriver. Malgré mes deux échecs dans mes deux premiers clubs, je me suis dit que que que j'y croyais encore et que cela allait finir par payer. Et c'est ce qui s'est passé avec Auxerre.” Les échecs sont toujours plus formateurs que les réussites. Pour Paul Joly, c’est désormais un moteur. “C'est ce qui m'a permis d'avoir un mental. Une carrière de footballeur professionnel est faite de hauts et de bas. Ces échecs, ils me permettent de mieux gérer quand je suis dans des phases un peu plus compliquées”, raconte-t-il.
Des rencontres clés pour atteindre le monde professionnel
Comme dans toute étape importante d’une vie, c’est une rencontre qui aura fait basculer le destin de Paul Joly. Deux semaines après avoir appris qu’il ne serait pas conservé par l’Amiens SC, il est appelé par David Carré, entraîneur de la réserve de l’AJ Auxerre et aujourd’hui à la tête du Quevilly-Rouen Métropole. “Il m'a dit : “Écoute, au départ, je devais regarder le profil d'un défenseur central de Chambly et en fait, j'ai regardé le match contre vous, l'Amiens SC. Tu m'as tapé dans l'œil.” J'ai tout de suite accroché au projet. J'ai tout de suite dit oui et il m'a dit que si je faisais le taf en réserve, il n'y avait pas de raison que je n'arrive pas à accéder au professionnel. Et c'est ce que j'ai réussi à faire.”
Mais c’est une autre rencontre qui le fera définitivement basculer dans la cour des grands. Celle de Jean-Marc Furlan. Alors à la tête de l’équipe première de l’AJA, il voit d’autres qualités que celles d’un défenseur central en Paul Joly. “Rapidement, je suis monté à l’entraînement avec les pros. Et c'est là que j'ai eu une discussion avec Jean-Marc Furlan qui m'a dit qu'il m'appréciait en tant que central mais que lui, petit à petit, il souhaitait me mettre latéral droit. Il voyait mes qualités mais pensait que pour aller vraiment au très haut niveau, j'avais les capacités d’un latéral.” Des considérations d’abord physiques, liées notamment à la taille du joueur Auxerrois (1,82m).
“Je suis quelqu'un qui aime beaucoup répéter les efforts, qui aime beaucoup apporter offensivement et donc du coup ce poste m'a tout de suite plu”, confie le joueur qui fêtera ses 25 ans en juin prochain. Jean-Marc Furlan, c’est aussi l’entraîneur qui lui aura fait découvrir la Ligue 1. “Le jour de la montée de la montée à Saint-Étienne, à la fin du match, quand on a tous réussi à le faire danser avec sa casquette à l'envers, j'ai trouvé ça assez marrant. (...) Il l’aimait cette casquette de l’AJA”, raconte-t-il avec amusement. Désormais loin du banc de l’AJA, Jean-Marc Furlan a fait l’objet d’un bel hommage de la part de son ancien joueur : “On n'oublie jamais le premier coach qui nous fait débuter dans le monde professionnel. C'est sûr qu’à vie, je lui en serai reconnaissant.”
"L'objectif, c'était de finir champion ou au moins de monter"
- Paul Joly
Joueur régulier et discipliné, Paul Joly se caractérise comme quelqu’un qui ne se pose pas de questions. Sa photo de profil Whatsapp en dit long : au duel avec Neymar, il se remémore son insouciance de ses débuts en Ligue 1, après à peine sept matchs en pro à l’échelon inférieur. “Je ne me suis pas pris la tête et franchement, j'avais réussi à faire plutôt de bonnes performances, donc j'étais assez satisfait”, confie-t-il avec fierté.
L’adaptation au plus haut niveau n’a pourtant rien de facile. Malgré une belle saison dans l’élite, l’AJA redescend un an après, à un point du maintien. Une étape supplémentaire dans la carrière de Paul Joly, qui confirme tout son potentiel en intégrant le XI de la saison de Ligue 2 aux Trophées UNFP. en début de saison. “Je m'étais fixé cet objectif. Déjà sur le plan collectif, c'était de finir champion ou au moins de monter. Et individuellement, je m'étais fixé l'objectif d'engranger un maximum de positif et de réussir à être dans cette équipe type. J'ai été très honoré.”
Le travail de l'ombre clé dans sa préparation
Désormais entraîné par Christophe Pélissier, Paul Joly continue d’engranger de l’expérience. “ Avec le coach Pelissier, on a une relation très sincère parce qu'il a toujours été honnête avec moi. Dès qu'il est arrivé pour remplacer le coach Furlan, il m'a dit que pour ces six six prochains mois, il comptait pas forcément sur moi, mais que mais qu'il souhaitait que que je sois prêté.” Un prêt pour mieux se faire sa place au sein de l’équipe première de l’AJA. Un choix payant à tous les niveaux.
De l’adaptation d’un passage d’une défense à quatre à une défense à cinq, travailler son sens du placement, Paul Joly n'exclut rien. Y compris dans le travail de l’ombre. Au quotidien, celui qui est proche dans le vestiaire de Theo De Percin, Lassine Sinayoko et de Kévin Danois, s’est adapté aux exigences du plus haut niveau en investissant sur lui-même. “Au niveau de l'alimentation, j'ai fait beaucoup d'efforts, je travaille avec un préparateur physique qui s’occupe aussi de la nutrition”, détaille-t-il. “Et aussi en matière de muscu. On a un programme, que ce soit avec mon prépa ou le club et j'essaie de le respecter au maximum pour gagner en puissance et en et en force parce que je pense qu'en Ligue 1 c'est primordial. Au niveau des joueurs, au niveau de la puissance et de la rapidité des duels, tout est multiplié à ce niveau.”
"J’ai un grand, grand respect pour Guy Roux."
- Paul Joly
Après avoir franchi quasi-tous les échelons avec l’AJ Auxerre, Paul Joly s’est attaché à l’AJA, à son histoire, son héritage. L’Abbé Deschamps d’abord, qu’il considère comme magnifique. “C'est une toute petite ville. Il y a à peu près 30 000 habitants et il y a quasiment 20 000 supporters qui viennent tous les week-ends aux matchs. On sent que tout le stade est vraiment derrière nous, même contre les grosses équipes. C’est un soutien magnifique, tous les supporters sont bienveillants.” La bienveillance, c’est aussi ce qui caractérise un certain Guy Roux.
Idole absolue de l’AJA, rares sont les entraînements que manque l’ancien manager au célèbre bonnet. “Il a marqué de son empreinte le club. Il vient régulièrement aux entraînements et à tous les matchs à domicile. Encore la semaine dernière, il m'a demandé de discuter pendant cinq dix minutes pour me donner des conseils”, raconte Paul Joly. “J’ai un grand, grand respect pour cet homme, même si nous n'avons pas l'occasion de nous fréquenter régulièrement. Mais dès qu'il peut me donner quelques conseils, sur les matchs qu'il a pu voir le week-end, je les écoute avec une grande oreille.”
L'inspiration Kimmich, un rêve européen
L’écoute, ce n’est pas le simple atout de Paul Joly. Le défenseur de l’AJA est aussi un grand observateur. Parmi ses inspirations, un certain Joshua Kimmich. “J'ai toujours été admiratif et un grand fan de Joshua Kimmich”, évoque-t-il. “Il joue à la fois six, à la fois défenseur central et latéral droit. J'ai été un peu à ces trois postes, donc je me suis reconnu en lui.” Mais c’est aussi grâce au maillot porté par l’international allemand que s’est reconnu Paul Joly. “Le Bayern Munich est mon club préféré. Depuis tout petit, je supporte cette équipe." Il confessera plus tard que la Bundesliga est un championnat où il se verrait bien, un jour peut-être, évoluer, le club bavarois constituant son "rêve ultime" de footballeur.
Mais s’il devait un jour, porter les couleurs d'un club de Bundesliga, ou évoluer dans un autre championnat, Paul Joly, veut surtout réaliser un autre rêve : “arriver à jouer un jour une Coupe d'Europe”. Avant d’ajouter : “Si c'est avec Auxerre, ce serait encore plus beau. Dans le foot, il n'y a pas de limite à se fixer.” Un discours ambitieux pour celui qui gardera toujours une place pour l’AJA dans son cœur. “Je n'oublierai quoiqu'il arrive jamais ce club.” Hommage, heureux hasard, à la devise du club : “A jamais nous serons, fiers d’être Auxerrois”.
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